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1626, le gant & l'Epée

Paris & la France vers 1626  I.  II.  III.  IV.  V.  VI.

VI. L'Europe en 1626

L'Europe est dominée par les Habsbourgs : il suffit de compter le nombre de fois où leur nom est mentionné dans les quelques lignes suivantes pour s'apercevoir de l'omniprésence de cette lignée dans les destins des royaumes. Ils sont maîtres de l'Espagne, l'Italie, quasiment tout le nord de l'Europe, excepté quelques pays nordiques et l'Angleterre, et, au travers de l'Espagne et des Pays-Bas, rayonnent dans les colonies du monde entier.

Mais par-dessus tout, c'est la religion qui occupe les esprits et attise les conflits : celle qui est aujourd'hui nommée « Guerre de trente ans » ravage l'Allemagne et entraîne dans son sillage les intérêts de tous les grands pays alentours, en particulier la France ou le Danemark. Le XVIème siècle, qui avait vu d'innombrables massacres au nom de la question religieuse, n'a semble-t-il pas réglé tous les comptes : protestants et catholiques continuent de s'affronter par princes et roi interposés, pour des raisons autant politiques que religieuses bien souvent, et ce sont encore et toujours les plus démunis qui subissent les excès de ces conflits.

1. La France

Après les errements des guerres de religion du siècle précédent, l'Edit de Nantes, l'assassinat d'Henri IV, et l'accession mouvementée au trône de Louis XIII, la France se trouve dans une position politique délicate.

Pour faire face à la puissance des deux branches de la famille de Habsbourg, Richelieu mène une politique habile : il durcit le ton envers les protestants à l'intérieur du pays pour ménager Philippe IV d'Espagne et Ferdinand II d'Autriche, farouchement catholiques, mais n'hésite pas à fournir un appui discret (souvent financier) aux royaumes protestants étrangers qui combattent cette lignée des Habsbourgs. Ainsi, Richelieu parvient à maintenir la France hors du danger de ces terribles adversaires dont les possessions cernent le pays, et à tenir en échec la puissance de la maison d'Autriche.

Dans le même temps, le rusé cardinal fait tout son possible pour domestiquer l'indiscipline chronique de la noblesse française : il interdit les duels, anoblit des bourgeois, bat en brèche un à un les privilèges des élites du pays, renforce le pouvoir royal et le centralise, surveille de près les gouverneurs de province, fait raser d'innombrables châteaux jugés inutiles à la défense du pays, favorise l'accession des gens de basse extraction à des postes décisionnaires, et prépare ainsi l'absolutisme. De ce fait, Richelieu est haï par la noblesse, qui n'a de cesse d'intriguer contre son influence.

Mais cette politique est coûteuse pour la France, et de nombreux impôts sont levés, toujours plus lourds : le peuple est assez mécontent, en particulier dans les campagnes, malgré le rayonnement toujours croissant du pays.

2. L'Angleterre

Le vaste et puissant royaume d'outre-Manche est dirigé par Charles Ier Stuart, qui règne depuis un an seulement, suite à la mort de son père, Jacques Ier Stuart. Ce dernier, tout au long de son règne, a oeuvré pour le renforcement de son pouvoir, afin d'aboutir au plus près d'une monarchie de droit divin, puissante et intraitable.

Mais la noblesse anglaise (qui a le droit de commercer, contrairement à la noblesse de France) et le peuple ont des pouvoirs importants, au travers notamment de la Chambre des Lords (noblesse et ecclésiastiques) et de la Chambre des Communes (élus des comtés et des villes), qui — entre autres — sont consultés pour lever une armée, ou qui peuvent également avoir un droit de regard sur les comptes du royaume.

Jacques Ier était assez impopulaire juste avant sa mort, notamment en ayant fait de Georges Villiers, duc de Buckingham, son favori. Celui-ci, vivant fastueusement, est fort détesté par le pays, et pourtant Charles Ier lui a conservé sa confiance en s'asseyant sur le trône d'Angleterre.

L'Angleterre et la France vivent en paix, notamment grâce à un mariage fameux : Henriette de France, fille du bon roi Henri IV et soeur de Louis XIII, est en effet reine d'Angleterre et d'Ecosse, mariée à Charles Ier.

Un fossé demeure cependant : l'Angleterre est protestante depuis plus d'un siècle, et tout comme la France qui connaît des querelles de foi importantes, l'Angleterre se débat dans les dogmes. Les puritains notamment, qui sont très largement représentés à la Chambre des Communes, sont particulièrement hostiles au règne de Charles Ier et au Duc de Buckingham.

Notons enfin que l'Angleterre possède la flotte navale la plus terrible d'Europe, ainsi qu'une armée éprouvée et solide, qui infligea tout au long de l'Histoire de cuisantes défaites à la France !

3. L'Espagne

Après une apogée atteinte au XVIème siècle avec Charles Quint, souverain d'un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, disait-on tant il était vaste, l'Espagne a décliné quelque peu. Mais que l'on ne s'y trompe pas, ce royaume reste extrêmement puissant : son roi, Philippe IV, est également roi des deux Siciles (actuelle Sicile et royaume de Naples), roi du Portugal, roi des Indes occidentales (les Amériques) et prince des Pays-Bas.

Ce grand roi, de la puissante lignée des Habsbourgs, est étroitement lié à la France : sa soeur, Anne d'Autriche, est reine de France, et lui-même a épousé en 1615 la fille aînée d'Henri IV et Marie de Médicis, Elisabeth de France.

Royaume catholique, l'Espagne est le bastion du catholicisme face à la Réforme et aux mahométans de l'immense empire Ottoman. A ce titre, elle appuie autant qu'elle le peut la maison d'Autriche de la lignée des Habsbourgs dans la guerre qui l'oppose à l'expansion du protestantisme (guerre commencée en 1618, et qui prendra fin en 1648).

Malgré cela, Gaspar de Guzmàn, comte d'Olivares, favori et premier ministre de Philippe IV, s'oppose fermement à la politique trouble et habile de Richelieu. Il lutte contre la corruption, tente de redresser l'économie du pays, mais en vain : l'Espagne est au bord de la banqueroute.

4. Le Saint Empire Romain Germanique

Ce très vaste territoire comprend l'Allemagne, l'Autriche, la Suisse, la Belgique, les Pays-Bas, le nord de l'Italie, mais aussi la Bourgogne et une partie de la Picardie. C'est un empire dans lequel l'empreinte féodale est encore très présente : constitué de près de 350 fiefs dirigés chacun par des princes laïcs ou ecclésiastiques, l'on n'y trouve pas véritablement de conscience étatique commune, là où la France et l'Angleterre ont réussi à forger une identité nationale à leurs pays.

Au sein de cette nébuleuse unifiée seulement ponctuellement lorsqu'une menace extérieure pèse, les princes cherchent chacun à étendre leurs propres possessions et s'épuisent dans d'interminables luttes intestines. Mais surtout, le Saint Empire est en proie à la guerre, déchiré entre la montée en puissance du protestantisme d'un côté, et la maison dirigeante des Habsbourgs de l'autre. Ferdinand II, élu empereur par les princes électeurs en 1619, a en effet été élevé chez les jésuites, et est un fervent catholique.

Ainsi, depuis 1618, le Saint Empire est en proie à des combats entre les princes protestants d'un côté, et la Sainte Ligue Catholique (fondée en 1609 en réaction à la montée du protestantisme) de l'autre : ces batailles sont d'ailleurs bien souvent motivées par l'appât du gain des grands généraux, et c'est le peuple qui paye de son sang : les campagnes sont régulièrement ravagées par des mercenaires qu'on ne paie plus, des fuyards, des rôdeurs et des assassins.

Fait nouveau depuis 1625, Christian IV, roi très protestant du Danemark, s'est décidé à entrer dans le conflit : il remporte tout d'abord quelques victoires contre les troupes des Habsbourgs et de la Ligue, mais est défait en avril puis en août 1626.

5. La Suède

Ce vaste pays est gouverné fort habilement par le roi Gustave II, plus couramment appelé Gustave Adolphe : celui-ci, à sa montée sur la trône en 1611 (il avait alors 16 ans), avait hérité d'un royaume fragilisé, en guerre contre la Russie, le Danemark, et la Pologne. Ajouté à cela, la noblesse du pays était rétive à l'autorité royale.

Mais en quelques années, Gustave Adolphe sut tirer profit de ses talents de conciliateur, et mit fin rapidement à la guerre contre la Pologne et le Danemark. Puis, il se concentra sur le conflit Russe, et parvint à gagner des territoires et assurer un monopole économique très avantageux avec l'Europe de l'ouest.

Dans le même temps, il parvint à calmer les heurts de la noblesse en faisant de grandes concessions, mais en réussissant malgré tout à ménager son autorité : aujourd'hui encore, il réforme activement l'administration, l'armée (qui figure parmi l'une des plus puissantes d'Europe), la société.

Royaume protestant, la Suède n'est pas encore entrée en conflit avec les Habsbourgs d'Autriche, mais les tensions sont fortes. Ajouté à cela, Gustave Adolphe a entamé depuis 1621 une conquête militaire lente et habile de certains territoires de la Pologne (la Livonie en particulier).

Gustave Adolphe est aidé par un habile personnage, le chancelier Axel Oxenstierna, doué d'un sens diplomatique à toute épreuve. La Suède connaît une certaine concurrence avec le Danemark, ces deux pays souhaitant l'un comme l'autre devenir les chantres du protestantisme.

Gustave Adolphe est resté jusqu'à ce jour le roi le plus populaire de toute l'Histoire de la Suède.

6. L'Empire Ottoman

Au faîte de sa puissance lors du siècle dernier, avec Soliman le magnifique, l'empire Ottoman a cessé son inexorable expansion avec une défaite célèbre et cuisante à Lepante, en 1571, face aux espagnols et aux vénitiens. Toutefois, cet empire demeure une force avec laquelle il faut compter : il englobe la Turquie, le Maghreb, l'Egypte, la Syrie, le Liban, et même la Crimée, mais s'enfonce également jusque dans le coeur de l'Europe avec la Grèce, la Bosnie, la Roumanie et la Hongrie. Ce sont donc le royaume de Pologne, l'empire Russe et le Saint Empire Romain Germanique qui font face à cette menace omniprésente.

Le sultan de l'empire ottoman, Murad IV, n'est âgé que de 11 ans, mais est décrit comme de caractère brutal et sous l'influence de ses proches, contrairement aux règnes éclairés qui lui avaient précédés. Ayant accédé au trône en 1623 suite à une intrigue de Cour, il se complaît à écraser dans le sang les fréquentes insurrections qui secouent notamment le nord de l'Anatolie (actuelle Turquie).

Parmi les troubles qui secouent l'Europe, l'empire Ottoman est traditionnellement un allié de la France, qui profite de cette pression pour réduire l'influence des Habsbourgs.
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